La Terre des morts, Jean-Christophe Grangé

Quand le commandant Corso est chargé d’enquêter sur une série de meurtres de strip-teaseuses, il pense avoir affaire à une traque criminelle classique. Il a tort : c’est d’un duel qu’il s’agit. Un combat à mort avec son principal suspect, Philippe Sobieski, peintre, débauché, assassin. Mais ce duel est bien plus encore : une plongée dans les méandres du porno, du bondage et de la perversité sous toutes ses formes. Un vertige noir dans lequel Corso se perdra lui-même, apprenant à ses dépens qu’un assassin peut en cacher un autre, et que la réalité d’un flic peut totalement basculer, surtout quand il s’agit de la jouissance par le Mal.

L’auteur suit un schéma narratif maitrisé par un phrasé à couper au scalpel. Nous parlons d’un Maitre du genre, bien évidemment, mais JCG ne cesse d’impressionner ses lecteurs. Il manipule, oriente, manœuvre, pilote et triture votre esprit avec cette insolence déconcertante qui vous cloue les méninges. Vous êtes envoutés par une genèse des plus tordue et vous aimez cette dépendance qu’il vous impose sans que vous ne puissiez réagir à cet asservissement. Telle une toile d’araignée, le diabolique et la stylistique sont tissés avec une éloquence du dramatique à faire pâlir les meilleurs scénaristes du genre. La trame prend toute sa superbe par un tragique qui engendre indéniablement une addiction. Les ressentis foisonnent par dizaine dans votre esprit.
L’atmosphère y est pesante. Les émotions s’imposent entre atrocités et inhumanité, mais aussi, par des personnages aux charismes énigmatiques qui vous sembleront pour certains, de vraies pourritures et pour d’autres vous ressentirez un attachement mitigé. Votre empathie en sera perturbée. Le génialissime de JCG est qu’il parvient en 600 pages à vous hérisser le poil et vous embarquer dans les abysses du mal le plus pernicieux.

Un thriller noir digne des meilleurs du genre et le topissime des Grangé pour moi. Je présume qu’il va certainement atterrir sur grand écran et cela sera mérité (en espérant un réalisateur digne de ce nom). Je précise que ce thriller n’est pas à mettre entre toutes les mains. Un public averti est souhaité. En dire plus, non, foncez sans vous poser de question, c’est du très très grand Grangé.

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L’amie prodigieuse: Enfance, adolescence

Naples, fin des années cinquante. Deux amies, Elena et Lila, vivent dans un quartier défavorisé de la ville, leurs familles sont pauvres et, bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila, la surdouée, abandonne rapidement l’école pour travailler avec son père et son frère dans leur échoppe de cordonnier. Elena, elle, est soutenue par son institutrice, qui pousse ses parents à l’envoyer au collège puis, plus tard, au lycée, comme les enfants des familles aisées. Durant cette période, les deux jeunes filles se transforment physiquement et psychologiquement, s’entraident ou s’en prennent l’une à l’autre. Leurs chemins parfois se croisent et d’autres fois s’écartent, avec pour toile de fond une Naples en ébullition, violente et dure. Des chemins qui les conduiront, non sans ruptures ni souffrances, à l’aube de l’âge adulte.

Ce livre est incroyablement vivant, on y attrape des envies de couleurs, de bruits et d’odeurs, des envies de soleil et de bains de mer, des envies d’Italie en fait, tout simplement ! C’est l’histoire d’une amitié comme on aimerait tous en connaitre une, une de celles qui vous suivent depuis l’enfance et qui vous marquent à jamais. C’est une histoire de femme, de passage de l’enfance à l’adolescence, d’éducation et d’émancipation. Et ici, pas de place pour la demi-mesure ou la tiédeur, l’amitié indéfectible de Lenù et Lila est faite aussi de rivalité, de jalousie, de frustration et d’un insatiable désir de possession.
En toile de fond, c’est aussi l’histoire d’un quartier populaire du Naples des années 50, l’histoire d’une classe sociale défavorisée qui se démène comme un diable pour tenter de tirer son épingle du jeu à l’aube du boom économique des 30 glorieuses. Avec sa plume pleine de légèreté l’auteur nous plonge dans ce quartier où règne un climat de tension permanente : violence au sein des familles, rivalités entre jeunes, haines anciennes entre certaines familles. On ne parle pas de camorra, mais on devine son spectre en arrière-plan et, à mon avis, on finira par y arriver dans les prochains tomes
. Bref, une lecture addictive. C’est tellement bien écrit que l’histoire semble se dérouler sous nos yeux comme un film, ça grouille de vie, rien n’est jamais figé, et, malgré la violence qui se niche partout, le ton reste résolument optimiste et joyeux. J’adore !

 

 

 

 

 

 

 

Le temps est assassin

De Michel BUSSI

Edition Pocket

Été 1989. La Corse, presqu’île de la Revellata, entre mer et montagne. Sur cette route de corniche, au-dessus d’un ravin de vingt mètres, une voiture roule trop vite et bascule dans le vide. Une seule survivante : Clotilde, quinze ans. Ses parents et son frère n’ont pas eu la même chance.
Été 2016. Clotilde revient pour la première fois sur les lieux du drame, accompagnée de son mari et de sa fille adolescente. Elle veut profiter de ces vacances pour exorciser le passé. C’est au camping dans lequel elle a vécu son dernier été avec ses parents que l’attend une lettre… de sa mère. Vivante ?

Un magnifique voyage à travers la Corse, sa culture, ses habitudes. C’est génial !
Des scènes de vie, de famille et de couples édifiantes. Un regard piquant voir acerbe sur la parfaite petite famille, le rêve, l’idéalisation face à la réalité. C’est saisissant !
Un style superbe. Des chapitres courts. Une intrigue rondement bien menée où l’on navigue de rebondissements en rebondissements Jusqu’à un final bluffant.
Un peu long sur certains passages, très soft…Un peu trop pour moi c’est sûr mais bon de temps en temps ça fait aussi du bien de ne pas baigner dans le sang !! Un livre clairement tout public. Mais ce qui m’a le plus percutée au final dans ce livre, c’est le temps et cette relation que nous pouvons avoir avec cet élément que nous ne gérons pas.
D’abord cet incroyable voyage dans les années 80 et tout ce qui va avec. Que ce soit côté musique ou film. De « l’année des méduses » à « Boys Boys » en passant par The Cure et tout le répertoire de ces années-là.

Silo – Hugh Howey

Dans un futur indéterminé, des survivants vivent depuis plusieurs générations dans un immense silo creusé dans la terre, à l’abri d’une atmosphère devenue toxique. Seul un immense écran relayant les images filmées par des caméras les relie au monde extérieur. Lorsque cette société bannit l’un des siens, il est envoyé dehors, vers une mort certaine, et pourtant, tous sans exception vont, avant de mourir, nettoyer les capteurs des caméras. Pourquoi ?

Très partagée sur ce roman post-apo, où s’agit-il plutôt d’un récit d’anticipation? Bref, au final, une idée sur le fond assez originale, avec très vite de nombreuses questions sur le pourquoi ? En effet, 5000 personnes enfermées dans un silo sur terre ou nos « règles » n’existent plus, ou un nouvel ordre est apparu ; en quelle année sommes nous? Que s’est il passé exactement pour que l’atmosphère terrestre soit devenue si irrespirable, à tel point que toute sortie est proscrite, sauf lorsque la peine de mort est votée …les descriptions de la vie au sein de ce bâtiment sont précises, néanmoins parfois très longues et ennuyantes. On reste littéralement sur notre faim sans trouver de réponses à l’issu de ces nombreuses pages de lecture…et c’est bien dommage! Peut être un beau film à venir?

Touché-coulé

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C’est une super exposition, qui s’est déjà arrêtée dans plusieurs villes comme Paris ou Toulon. Vous y trouverez uniquement des jouets d’une époque qui pour moi semble très éloignée^^ mais qui ont une âme et parlent d’une enfance pour le coups assez étrange. Mes souvenirs de jouets sont sans rapport avec ces créations, qui me semblent donc venir d’une sorte d’antiquité. Très bon moment passé dans un joli musée, dans une jolie ville, et même avec des gens plutôt jolis^^

La ferme des animaux, George Orwell

L’humanité est-elle condamnée à répéter un cycle qui va de l’injustice à l’injustice en passant par des révolutions ? En tout cas, Orwell expose toute la progression qui conduit des dominés, animés par une utopie révolutionnaire à se retrouver de nouveau dominés : meneurs, élite dirigeante qui s’arroge des privilèges, organisation du travail, intérêts personnels, propagande simpliste et mensongère, embrigadement de la jeunesse, prosélytisme, luttes intérieures, violences, boucs émissaires, putch militaire, culte du chef, exécutions des indésirables, suppression des libertés, artistes officiels, célébrations identitaires, confiquations des biens, élections truquées, pressions et manipulations. Tout ça au nom du bien collectif !
Et une larme pour le pauvre cheval Malabar.

Le cycle de Fondation, Isaac Asimov

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On met 20 pages à rentrer dans l’univers de Fondation. 20 pages pour s’adapter aux défauts que les détracteurs du genre peuvent lui reprocher : beaucoup de termes nouveaux, à base de « atomique » ou « nucléaire », pour peu de concepts véritablement novateurs. Un monde donc pas si différent de celui qu’on connaît. Après cet effort initial, c’est parti et on ne s’arrête plus, même si on n’est pas un fan de science fiction.

Hari Seldon est un mathématicien brillant. Il a fondé la psychohistoire, ou analyse probabiliste des tendances socio-économiques permettant de prévoir le futur. Il a vu que l’Empire, qui règne sur toute la galaxie depuis plus de 10 000 ans, allait s’effondrer d’ici seulement quelques siècles. Son plan est de limiter la période d’anarchie barbare à seulement 1000 ans, au lieu des 30 000 ans prévus. 1 000 ans, c’est le temps que doit durer la Fondation qu’il vient de créer, officiellement pour rédiger l’Encyclopedia Galactica, recensant le savoir de tout l’univers. Ces 1000 ans vont être parsemés d’épreuves pour cette société nouvelle, épreuves qu’il a prévues et qui sont autant de moyens de faire avancer la Fondation : l’histoire les retiendra sous le nom de crises Seldon.

Je ne vais pas vous gâcher l’histoire plus avant ; sachez seulement qu’elle est de qualité, tout comme ce tome dans son ensemble : maîtrise du style, maîtrise de la narration, maîtrise du scénario. Pour l’instant, j’en suis à 1 tome par jour. On peut dire que ça se lit bien, reste à voir si je ferai une overdose avant le terme du cycle.